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René Caussanel Eric Linard Galerie

abécédaire
extraits d’entretien avec l’artiste 

Composition
en fin de compte, il y a trois étapes. quand je dispose les feuilles au sol, 32 feuilles raisin assemblées par deux, je ne sais pratiquement pas ce qu’elles vont contenir. tout part de l’idée d’un seul motif, une petite bête ou un autre détail, ou parfois d’une très vague idée de couleur. je prends donc ma petite bête ou mon dessin de fleur, ou tout autre forme, que je pose à l’endroit où il doit être; tous les autres motifs, les corps en dernier, s’associent à cela, se générant les uns les autres. c’est la première phase, très spontanée et très courte (une heure ou deux). la deuxième phase reconsidère tout cela, en y mettant un peu de cohérence, en retrouvant les liens entre chaque élément ; c’est un travail d’affinage avec, en général, un premier jus de couleur, un travail sur l’accord des nuances. puis, je passe à la table, par morceaux de deux feuilles, c’est la phase de précision des formes et, surtout, le travail sur la couleur, l’accord final. tout peut changer à la dernière couche, car elle seule détermine la teinte de l’ensemble.

corps
les corps sont le présent, c’est ce qui donne une substance au reste. tous les autres motifs n’auraient eu ni de chair, ni d’impulsion, sans les corps. ce sont eux qui impliquent le mouvement.

couleur
il est très rare que je trouve instantanément la couleur que je souhaite. les idées que j’ai de la couleur sont souvent impossibles: un jaune très foncé, un rouge très vert, mais par les superpositions - un noir sur un jaune par exemple - il m’arrive de saisir ce que je cherche, il y a toujours une transparence qui donne une nuance qui n’est ni l’une ni l’autre. lorsqu’on me dit que je peins des silhouettes bicolores, je m’étonne car j’ai l’impression de faire des choses multicolores et tout en relief! dans chaque peinture, il y a au moins une douzaine de pigments utilisés. les teintes qui ne figurent pas sur la toile, ne sont pas exclues pour autant. j’ai l’impression, qu’au contraire, elles y sont toutes contenues, toujours.

origine

un des grands évènements pour moi a été la découverte de la grotte chauvet, qui donne à voir, pour la première fois, ce qui semble être l’oeuvre d’un artiste unique, dans sa majeure partie. ce qui n’est pas le cas à lascaux, où plusieurs millénaires se superposent. je crois que la peinture a à faire avec l’origine plus qu’aucun autre art, puisque la peinture rend compte du premier contact avec le monde, avant que nous ne maîtrisions le langage. car, même si nous sommes familiarisé avec le langage avant la naissance, nous mettons un certain temps à le maîtriser. le premier travail du bébé est sans doute d’ordonner un peu la bouillie, le brouillard qu’il a face à lui quand il vient au monde. la peinture, d’une certaine manière, rend compte de cette expérience, de la sortie de la bouillie visuelle où nous nous trouvons à la naissance.