Dans la mythologie personnelle de Jean Bellissen, se côtoient des éléments récurrents, hauts en couleur locale: le bandit mafieux Albertini (corse, italien, espagnol, latino ?), l’éléphant rose du Harry’s bar, la lionne de Denfert Rocherelle et le baudet du Poitou, la pétasse d’Alsace, le pied gauche de Berretta, Simone et Hannibal, la Cordilière des Andes, la mer morte et le massif central...
L’œuvre de Jean Bellissen prend ainsi parfois l’aspect d’un inventaire: les dessins semblent des planches de botaniste ou des croquis d’explorateur, au langage savant, à la légende objective (dates, lieux, origines), aux formulations précises. Ce sont des dessins de grande ampleur, comme les cartes de la société AROMSI, ou de petits formats juxtaposés qui s’assemblent en un story-board de film ou comme les pages détachées d’un livre. Des dessins rebelles cependant, dont les couleurs posées à l’encre sortent des cernes au marqueur noir du croquis, que l’on peut lire dans tous les sens, notamment par transparence, et dont les personnages, bien qu’immobiles et encadrés, semblent animés d’une vie propre comme s’ils dialoguaient entre eux, avec le dessinateur ou l’observateur–contemplateur.
Son travail est nourri de faits réels et d’anecdotes empruntés à l’économie, à l’histoire, à la science mais ce soubassement de vérité alimente un univers poétique et décalé, qui vise à débusquer l’absurde dans notre société. Ainsi, la conception de la multinationale fictive AROMSI (Axe Rhône Océans Méditerranée Sibérie), dont la vocation est de développer les grands canaux fluviaux à travers le monde, révèle un intérêt personnel pour le système marchand en général, et la bourse en particulier.
Né le 25 Mai 1936 à Marseille, Jean Bellissen vit et travaille à Marseille et Paris. Après des études d’architecture et de beaux-arts, l’artiste a une vie mouvementée et cesse toute activité artistique jusqu’au milieu des années 80, où il produit beaucoup, et plus particulièrement des dessins. Ses matériaux de prédilection sont l’encre, le stylo-bille, le feutre et la gouache. Depuis 2002, il utilise aussi la vidéo pour produire des courts-métrages humoristiques.
Ses œuvres sont présentes dans le Fonds communal de la ville de Marseille, au Fonds national d’art contemporain, au Frac PACA ainsi que dans de nombreuses collections privées.