« Nous sommes traversés par de nombreux
états quand les photographies sous
nos yeux déroulent, révèlent dans l’apparition
de leur sujet, une étrangeté familière.
Ces états poussent le familier vers
l’étrangement inquiétant. Sous l’ordre du
décalage, du glissement, du désordre des
sens, ce que l’on croit connu et depuis
longtemps familier bascule et se brouille.
Notre perception vacille et une faille s’ouvre
dans le réel : L’illusion du tranquille.
François Deladerrière, en possession d’une
chambre 4 x 5 inch, une mécanique en
voie d’oubli, enregistre le repos de l’objet,
cet état où dans l’immobilité et la fixité se
pose la question de la fonction. Les lieux
de ses repos ont été traversés par des
corps qui ont laissé leur marque, leur
empreinte mais qui ont déserté les sites.
Nous voyons les restes, l’après, déposé en
un temps de science fiction hors code,
nous décryptons à l’aveugle, à tâtons,
nous fouillons dans notre mémoire pour
reconstituer ce qui a présidé à ces dépôts.
François explore les épisodes d’un monde
organique en travail, l’effacement est à
l’oeuvre, les vestiges abstraits de l’industrialisation
se consument sous le recouvrement
tranquille du suintement du
temps. Il y a aussi l’ombre, l’obscur qui
enlacent ses photographies, qui pourtant
foisonnent de détails, de définition selon
le terme attribué à la qualité des objectifs,
mais cela ne suffit pas à expliquer la
nature des choses. La précision échoue
pour évoquer le trouble immobile, énigmatiquement
laconique des lieux de
Deladerrière. L’ombre dans ce qu’elle dissimule
sous son épaisseur et son humidité
souligne l’épaisseur de l’air qu’il a fallu
déchirer pour faire apparaître ces scènes.
Cernés par des cadrages centrifuges, ces
décors sans mise en scène attendent la
mise en couleur qui les ramènera dans le
réel. Le monochrome domine le silence de
ces lieux, il augmente le sentiment d’arrêt
sur image, il impose son temps à notre
regard, contrarie et déconnecte nos repères.
François Deladerrière photographie
entre chien et loup juste avant que la dernière
séance n’ait lieu, et que l’oubli ne
passe. » Jacques Damez - janvier 2009