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Jean Daviot Centre d'art contempoarin de St Restitut

A partir de 1994, Jean Daviot entreprend la série des Ombrographies, empreintes à la photocopie de visages et de mains, puis celle des Visiteurs, peintures-indices très colorées, traces encore de quelques "passants" de son atelier, dans la tradition du mythe de l'invention du dessin rapportée par Pline l'Ancien, mais aussi dans la hantise des hallucinantes silhouettes d'Hiroshima. Avec la série Silence, il sera à nouveau question d'apparition et de disparition, mais ici le langage prend place dans la figure, sous forme d'un dire des mains, d'une parole des gestes…

Les œuvres de Jean Daviot sont ainsi construites d'alphabets et de gestes, de regard et de signes, de mots et de silences des mots… Jean Daviot fait aussi explicitement référence au concept "RSI" (Réel, Symbolique, Imaginaire) élaboré par Jacques Lacan … Le nouage de trois anneaux dont on ne peut couper l'un sans libérer également les deux autres…

 

L'INFRAMINCE ENTRE IMAGE ET LANGAGE

 

…Dans sa série Ecritures de lumière, entreprise par Jean Daviot en 2003, il y a une adhésion, un enthousiasme, un espoir. Les captures d'écritures de lune, de soleil, de Vénus, de Mars, de villes ou de fêtes foraines sont autant d'incantations au vivant…

 

La caméra capte le figural, dessine ce que Marc-Alain Ouaknin appelle des "mots-nuages", la démarche de Jean Daviot s'inscrivant dans l'inframince du discours et de la figure, entre lettre et désir…

La question centrale des rapports de l'image et du texte est celle des rapports entre la forme et l'idée, le plastique et le sens. Les lettres, dans le tableau ou la vidéo, sont susceptibles de transmettre dans le même temps ou à peu près des idées et des sensations visuelles, ces dernières étant encore bien davantage polysémiques et leur réception encore davantage affaire de regardeur.

 

UNE ETHIQUE DE L'ESTHETIQUE

 

C'est dans cette place essentielle donnée au langage poétique que Jean Daviot fait acte d'art, dans un espace où le Réel, le Symbolique et l'Imaginaire repoussent les limites extrêmes du monde et du langage.

Wittgenstein emploie l'expression album d'esquisses dans la préface à ses Investigations philosophiques. Tentant de définir le genre littéraire de son livre, il constate que : "Ce ne sont que des châteaux de cartes que nous détruisons, et nous mettons à l'air libre le fond du langage, sur lequel ils avaient été élevés". En place des vieux "châteaux de cartes" de la pensée, Wittgenstein propose "l'émerveillement devant l'existence du monde". Ainsi l'œuvre de Jean Daviot est un album d'esquisses, un émerveillement, E.M.E.R.V.E.I.L.L.E.M.E.N.T. pour lequel tout désordre de lecture est vivement suggéré afin, par un déplacement de l'ordre du discours, de tenter d'entrer dans son "intarissable".

 

Evelyne Toussaint, historienne d'art et docteur en art contemporain