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Jérémy Laffon Vidéochroniques

Liminaire tactique

La pluralité et les différentes facettes de l’oeuvre de Jérémy Laffon, allient une
activité de joueur/touriste céleste/artiste à son décor/environnement/espace via
un tropisme fondé sur une idée-force de transversalité.
On y rencontre un ensemble composé d'oeuvres évolutives, éphémères, de
traces de performances où ce qui a lieu croise ce qui a eu lieu. Il détourne des
matériaux et des actions prélevés dans le quotidien et l'ordinaire. Toutes ces
pièces forment un monde précaire et sensible, un terrain de jeu où l'état “normal”
est une nouvelle fois mis en question dans l'art.
Jérémy Laffon remet en jeu dans son « travail » la productivité de l'art, par des
performances baroques qui mettent en jeu les petites activités, le geste artistique,
le dualisme des éléments, entre confrontation et cohabitation. Il explore les
microcosmes de proximité en suscitant des situations aux limites de l'aberration,
un jeu sur l'antinomie entre deux termes qui pourtant forme une rime : art et
hasard. L'esthétique insoupçonnée du jeu et du hasard sont les divers modes de
transformation de ses oeuvres, en perpétuel rebondissement. Dispositifs évolutifs
et installations éphémères lui permettent de farfouiller la prolifération des
possibles.

Citation, passage obligé

Un aphorisme tiré de mon poème Vanité aux puces dit : "la jeunesse
d’aujourd’hui aime les mauvais joueurs car elle déteste ceux qui prennent le jeu à
la légère". Une vie de tous les jours, avec son paysage d’habitudes, peut paraître
difficile à traduire en moments signifiants. Si la règle du jeu inventée par Jérémy
implique de se disperser au risque de ne pouvoir être situé, le récit de l’art qu’elle
propose avec le jeu en origine et en point de mire, composé de fragments et
d’astuces, se fonde sur le rythme du pouls du monde. Comme pour se redonner
une existence quotidienne enrichie en expériences. Peut-être est-ce ainsi que
l’on comprend ce qui manque. Le foisonnement est bien là. Le scénario unique
n’existe pas. En étant mobile soi-même, on peut comprendre et aller plus loin :
entrer en résonance. Ainsi on peut dire à chaque instant : ce n’est pas la fin.

Luc Jeand’heur, 2009
Extrait de Voler les poutres, échanger les piliers, sans que la maison ne bouge, Journal d’exposition LaChaufferie, édition ESAD Strasbourg