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Réservation     



Fanny Durand Dijon

L’esthétique guerrière est l’objet central de mon travail. Je m’attache à dégager toute la futilité de son artifice en fabricant des objets qui sont les accessoires d’une armée fictive. Faire la guerre, c’est séduire l’adversaire, l’impressionner par un excès d’apparats, de parures et d’ornements ostentatoires. Drapeaux, paillettes et fanfares. Une dépense somptuaire sans limites. La guerre est un carnaval, démonstration d’héroïsme et de puissance, loin de sa finalité. Combat ridicule de coqs multicolores, les plus belles plumes vaincront. Et les grandes parades, défilés et autres cérémonies militaires me fascinent par leurs esthétiques décoratives excessives, au service de l’ordre et de la masse. Festival de franges, plumes, dorures, fanfreluches, plumeaux et froufrous. Fantaisie du pouvoir. Fantaisie militaire. Le défilé c’est une exhibition de corps en uniformes, des uniformes qui font corps. Une déambulation de costauds en tenues coquettes, tirés à quatre épingles, brodés de sensualité militaire. Les uni- formes, bouts de chiffons dorés et épaulettes écarlates, sont le décor de la discipline et du pouvoir. Les identités disparaissent pour mieux construire et fédérer le groupe. Ils deviennent alors des pions identiques, comme le motif d’un papier peint, répété à l’infini. Des individus cachés sous l’uniforme. Le costume militaire est une parure, à la fois prestigieux et fantasmatique, mise en scène de l’homme dans le groupe et fabrication d’une certaine image de corps d’hommes. Masculinité, force et bravoure. L’armée est une école de la virilité. Les corps virils paradent, décorés d’objets empreints de féminité : médailles militaires, rubans, bijoux précieux de la nation.
Les soldats parés de leurs uniformes, frivoles, sont objet de désir, de contemplation érotique. Fantasme de l’uniforme. Le sex-appeal du soldat qui fait fondre les midi- nettes au bal des pompiers. Guerrier se pavanant dans son costume, comme un paon faisant la roue, parade ou conquête amoureuse.
Mon travail interroge cette esthétique érotique du soldat, du militaire, guerrier contemporain. L’excitation du décor et les défilés militaires célèbrent alors une mythologie fantasmatique du soldat. J’établis un biaisement entre rigueur institutionnelle virile et futilité décorative. Faille militaire sensuelle et mascarade du genre.