Une sensibilité aux petites choses, à l’infra-ordinaire, a peu à peu
orienté ma pratique vers la composition d’images à partir d’objets trouvés/glanés...
Je tente d’archiver les micro-événements, les rencontres, ou plutôt les
‘saisissements’ auxquels je suis sensible dans mon environnement quotidien.
Petites choses oubliées, négligées, inaperçues ; autant d’infimes détails
qui une fois cernés-cadrés se trouvent révélés.
Essayer de ne pas décider, mais de se laisser atteindre...
Divers intérêts ont émergé au fil des années. L’un, récurrent, est cet
instant de la rencontre avec de petits riens, déchets, papiers froissés,
que je trouve au sol. Ces restes deviennent alors des monuments dérisoires.
Le changement d’échelle, souvent présent, ainsi que le choix d’un cadrage
au ras du sol, me permettent de ‘relever’ ces choses... Je m’en approche,
non pas pour mieux les voir, mais pour les regarder différemment. Souvent,
ces choses pourraient, à elles mêmes, constituer des sculptures.
Certaines fois au contraire, le saisissement se trouve non plus sous mes
yeux, mais au-delà, dans cet aller-retour constant entre le micro- et
le macro environnement. L’œil dérive, dans un rapport à l’horizon, au-delà,
ou bien en dessous...
Imperceptibles paysages, fragments de temps ou d’objets; ces images sont
avant tout le compte rendu sensible d’un rapport particulier au monde
environnant.
Mes photographies les plus récentes s’ouvrent vers de nouveaux possibles..
Il est toujours question du statut des petits riens anodins, périssables,
cependant au lieu de les présenter pour ce qu’ils sont et ce qu’ils m'évoquent
intuitivement, je choisis de les mettre en scène, en fabriquant de faux
paysages.
Je compose mon image avec un décor, une scène, comme pour un portrait
de l’objet, lui-même transformé par son environnement. L’univers devient
domestique, voire féminin (mouchoirs, cotons, miroirs...). Le décor est
lui aussi récupéré. Grâce aux fonds d’images libres de droits trouvés
sur internet, je m’approprie l’image qui me semble la plus juste pour
présenter mon objet.
En réalisant un photomontage manuel, je procède à une ‘re-prise’ de vue
de la scène obtenue.
L’ensemble est de composition assez ‘pauvre’: petits bouts de papiers,
des petites photographies qui pixellisent, une impression en basse définition
pour le fond; je me sens proche de la peinture dans ma manière de travailler
l’image, de la présenter même...
Le choix du support (papier mat, contre-collage sur bois épais) est important
pour moi, on est proche de l’objet, de l’image, au-delà de la photographie...