Dans For ever Mozart, Jean-Luc Godard cite Manoel de Oliveira
qui attend du cinéma « une saturation de signes magnifiques qui baignent
dans la lumière de leur absence d’explication ». Si c’est la vérité du
cinéma, entre un apparaître et un disparaître, j’envisage volontiers l’espace
du tableau, à l’image du lieu de l’écran, comme une déroute intentionnelle.
Je développe une peinture du recouvrement à partir d’images de films ou
d’images photographiées, la succession des couches de peinture participant
de l’immobilisation des figures dans le tableau. L’image ne cesse ainsi
de se déplacer vers une dilatation de la chose peinte dans l’espace et
le temps mesurés du tableau, et le décalage entre l’image ayant servi
au tableau et le tableau lui-même ne nous le montre qu’encore plus incomplet,
comme l’est l’image, comme l’est le souvenir.