supervues - petite surface de l'art contemporain du vendredi 12 décembre au dimanche 14 décembre 2008 - hôtel Burrhus - Vaison-la-Romaine

Aude Silvan

Peau-Pierre est un « clin d’œil » à notre cosmos : une installation composée de Soleil 2008 et de plusieurs constellations. Elle est une invitation à nous interroger sur la nature, ses cycles et aux liens qui nous unissent à elle.

Soleil 2008 est un hymne solaire. Les nuances des pierres évoluent graduellement entre chaque point cardinal ; blanc au nord, jaune à l’Est, rouge au sud, noir à l’ouest. Elles sont à l’image de la lumière du soleil qui décline sensiblement chaque jour pour accomplir le cycle complet des saisons. Je tisse la toile en spirale concentrique : je traverse les couleurs et les saisons et par la répétition des passages, j’intériorise le cycle solaire.
Sa création nécessite des allers-retours quotidiens entre la colline et l’atelier. Les pierres sont ramassées au rythme du tissage. Elles sont sélectionnées dans la nature pour leurs formes et leurs couleurs. Ces trajets sont une respiration, le lieu d’inspiration de ce travail.

La réalisation de Peau-Pierre est un travail ouvrier, humble, lent et répétitif. Le tissage et la couture, artisanats féminin, traversent les cycles et les générations de façon immuable. Je reproduis les gestes qui m’ont été transmis par mes grands-mères. J’imite le protocole de travail de l’araignée pour la réalisation de la toile. Je cherche à m’isoler avec le caractère originel de ces pratiques.

Mes recherches plastiques portent sur les relations esprit/matière ; entre animisme et alchimie. J’utilise des matériaux vivants : la peau, la pierre, la corde en fibres naturelles, la colle de peau, la cire d’abeille. Je cherche à créer des interactions entre les fonctions fondamentales des matériaux ; ce qui lie, délie ou noue comme la corde, ce qui revêt ou sert de contention comme la peau, ce qui conserve comme la cire, ce qui stocke comme la pierre… J’accorde la même attention aux formes, aux mouvements et aux protocoles de création.

Les étoiles sont représentées par des pierres vêtues de peaux. Les pierres sont mémoires et contiennent le secret de nos origines. Revêtir de peau est un acte de dissimulation. Pourtant, l'enveloppe donne à voir l'esprit.
Les constellations sont tendues entre les murs et les plafonds de la chambre comme des toiles d’araignées. La nature s’immisce dans le construit et joue avec les paradoxes. Tandis qu’elle utilise les éléments du bâti comme support, elle tend à les faire disparaître en confondant les notions d’échelles et de représentations.

Je me mets dans la peau du petit -l’araignée- pour figurer le grand -le cosmos. Je tisse les constellations auxquelles les astronomes ont donné des noms d’animaux ; aigle, baleine, lièvre, lynx, taureau…Le spectateur déambule entre les pôles opposés ; l’immense et le minuscule.
L’installation nous met symboliquement en présence de notre centre lumineux et des constellations d’étoiles, situées aux confins de notre monde visible. Les dimensions se superposent ; intériorité et extérieur, esprit et matière.
Quelle est notre place ? A quelle étage de la représentation sommes nous ? Spectateur de l’œuvre ou minuscule insecte sur la toile d’araignée du cosmos ?