" .... Les croisements n'opèrent jamais là où on les attend. C'est
à Hanoï, au Vietnam, que l'architecte Olivier Bedu, a développé pour la
première fois le concept de cabanon vertical.
Dans les années 60, des quartiers d'habitats collectifs ont été construits
dans la capitale vietnamienne sur des modèles européens, mais selon les
critères « collectivistes » du pouvoir communiste. « Le progrès version
rouge. Ordre dans la ville, ordre dans le logement : une seule pièce par
famille, cuisines et salles de bain collectives ». Mais cette promiscuité
ne correspondait en rien au mode de vie traditionnel des familles. On
ne modifie pas aussi facilement les pratiques et les usages. « Les gens
ont construit des excroissances sur les façades pour se réapproprier leur
habitat. Ces pièces construites en porte-à-faux s'agencent les unes sur
les autres. La forme initiale du grand ensemble a disparu, elle a été
happée par les pratiques vernaculaires des habitants ». Olivier Bedu décide
alors de transposer cette forme de réappropriation de l'espace de vie
dans nos sociétés occidentales. Il s'associe notamment au scénographe
Christian Gerschvindermann et au photographe Sébastien Normand et crée
le Cabanon vertical. L'association développe des prototypes de petites
structures qui viennent se greffer aux immeubles ou à des infrastructures
urbaines. Une architecture instersticielle, portée par la volonté de reconquérir
l'espace plutôt que de faire table rase. Leurs projets reposent sur des
principes de légèreté et de mobilité et viennent contredire le caractère
autoritaire et standardisé de la construction urbaine. Une démarche qui
opte pour la politique de la poésie, en ouvrant des espaces de vie symbolique,
mais essentiels. «Ce sont des outils d'expression et d'idée pour répondre
à la standardisation. On peut s'approprier l'espace urbain même sur de
petites échelles ». Cet esprit buissonnier s'accommode mal des contraintes
réglementaires de plus en plus draconiennes. Ces interventions mobiles
et souvent spontanées pourraient pourtant ouvrir des pistes dans l'approche
de l'habitat social. « On pourrait transformer en douceur des parcs urbains,
instaurer des circulations entre les anciens et les nouveaux immeubles,
créer des transitions entre l'appartement et le paysage. … "
Fred Kahn, extrait du texte L'esprit cabanon, 2007
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