supervues - petite surface de l'art contemporain du vendredi 11 décembre au dimanche 13 décembre 2009 - hôtel Burrhus - Vaison-la-Romaine

Damien BERTHIER

Fallait pas l’inviter...
Bien réfléchir avant de le laisser seul dans une pièce. Damien Berthier, en pragmatique inspiré, emboîte et réorganise chaque élément disponible qui voudrait bien lui tomber sous la main. Quitte à en faire une opération compulsive. A l’occasion, il en résulte un bref film en forme de démonstration : dans une salle de classe, l’artiste réquisitionne une série de chaises, et dans un tourbillon aussi hystérique que rationnel, construit un buisson serré autour de son propre corps. Jusqu’à disparaître, prisonnier de son enchevêtrement épineux, en suivant un ordonnancement mystérieux mais ferme. Faut que ça tienne. Le très sérieux manège peut se répéter dans une maternelle - éventail aérien de sièges en plastique, un vestibule - colonne précaire de fauteuils -, ou dans une salle de mariage - constellation expansive de chaises suspendues. À Aix-en-Provence, ce sont les poubelles déposées dans la rue qui activent son irrépressible besoin d’arrangement. En quelques minutes, sacs plastiques, cartons et cageots sont alignés contre le mur, classés et groupés par matière, forme et couleur avant que les éboueurs ne les déplacent à leur tour, sans l’ombre d’une gratitude. Engagement du corps, équilibre et déséquilibre, outrages à la gravité et comique de geste ont vite fait de placer Damien Berthier à l’horizon du burlesque. Sans compter la qualité singulièrement vaine de telles opérations. Reste que ces élévations prosaïques énoncent une conception aussi élargie que contingente de la sculpture. Elles se passent de visée esthétique apparente mais jouent avec le processus et les matériaux, tout en prenant leur distance avec les lois du genre. Reste surtout que de telles performances formulent un art qui ne postulerait aucune bonification matérielle du réel. Même spectaculaires, les petites actions de Berthier se contentent d’une intervention minimale, laissant le monde intact, du moins dans sa contenance : pas de transformation d’objet, pas d’ajout, pas de retrait. L’artiste en démiurge laconique, se contente de réorganiser le monde.

Manou Farine