La pesanteur étant une force indépendante d'une volonté (de toute volonté), partout et tout le temps à l'œuvre (pour ce qui est des régions qui nous concernent en tout cas), elle est comme le passage du temps (serait-elle le passage du corps ? […]), indifféremment et couramment subie. Elle est ce qui agit nos corps sans qu'on y pense.
La chute guette en permanence l'être en vie (le mort étant, par commodité, couché). La vigilance et les prothèses seules préviennent la chute et le fracas des os, l'éclatement des chairs et la tristesse d'avoir abîmé quelque chose.
L'inéluctable va de haut en bas. Tout ce qui tombe est frappé du sceau de l'inéluctabilité et court à sa perte.
La tristesse est ce qui accompagne cette perte […].
La tristesse va de haut en bas ; l'espoir monte. (La tension aussi parfois).
L'horizontal est calmement immobile. Charme doux de l'horizon qu'on peut voir… Mais parfois l'horizon se dérobe à nos regards. Non pas de par sa propre volonté, c'est sûr. Mais parce qu'on nous le bouche. Parce que quelque chose fait écran. L'écran est une intervention, l'écran est très peu naturel. L'écran est une nuisance. Et la peinture fait écran, dès qu'elle peut.
"Renverser la valeur, une histoire picturale de la chute", K.-R. Aaras-Martinot.
Cédric Teisseire associé à la galerie Norbert Pastor, Nice
[www.galerie-norbertpastor.com]