supervues - petite surface de l'art contemporain du vendredi 11 décembre au dimanche 13 décembre 2009 - hôtel Burrhus - Vaison-la-Romaine

Rémi Dallaglio

Dans l'atelier de Rémi Dall'Aglio, à côté du plâtre, du graphite,
des pigments et des liants il y a des machines modestes ou
sophistiquées, obsolètes ou up to date, en état de marche ou «hs», et
que l'artiste moule, retourne, démonte, recouvre, assemble et -
lorsqu'elles en sont encore capables - pour lesquelles il invente des
modes opératoires inédits. Il en résulte une définition de l'atelier
comme un laboratoire dans lequel ne cessent de se croiser, de
s'hybrider, de s'interroger, des disciplines et des pratiques que la
spécialisation a depuis longtemps séparées. Artiste, Rémi Dall'Aglio ne
renonce donc pas à être aussi physicien, soit un physicien-artiste qui
peut rêver sur la forme que prend l'onde de propagation d'un son, et
qui s'inspire, dans ses dessins, du balayage des électrons dans un tube
cathodique.
Dans les oeuvres de Rémi Dall'Aglio la présence des machines
s'accompagne d'un facteur d'indétermination à l'exemple de ce
triptyque (fig.1), obtenu par rayogramme, où l'on voit des carcasses de
téléviseurs inscrire en négatif leurs silhouettes fantomatiques, à la fois
vaguement ridicules et parfaitement sinistres. De façon similaire,
lorsqu'elles fonctionnent réellement, ses machines émettent des sons,
diffusent des bruits, opèrent une agitation minime, inquiètent la
perception visuelle des oeuvres dont elles sont la composante active.
Cependant cette activité est le plus souvent métaphorique. Le
projet SainTe ELITE (fig.2) consiste à installer, chez des particuliers,
une parabole classique, mais retournée sur sa face convexe qui est
dorée à la feuille. Au lieu de favoriser la réception de programmes
télévisuels par satellite, chaque SainTe ELITE réfléchit en la dispersant
la lumière du soleil, dont elle devient, poétiquement, un relais. Les
détenteurs de parabole sont informés par l'artiste, au fur et à mesure
de son extension, des modifications du réseau parfaitement virtuel
dont ils font désormais partie.
Une forme de révolte douce: telle est la ligne esthétique et
éthique privilégiée par Rémi Dall'Aglio pour répondre à l'envahissement
de la technique. Elle s'illustre dans une oeuvre comme Portable (fig.3)
pour laquelle l'artiste procède à l'agencement chimérique de moulages
d'objets parfaitement reconnaissables. La visée critique de cet
assemblage distille un humour d'autant plus efficace qu'il sait se
déprendre de toute espèce d'illusionnisme, sans pour autant que soit
reniée la visée esthétique qui est au coeur de l'expérimentation
artistique.