Depuis ses études à l'École nationale supérieure d'art de Nice, la Villa
Arson (promotion Dnsep 2004), Émilie Perotto a élu le bois comme matériau
de prédilection. Ses sculptures et installations sont autant d'assemblages
de formes en stratifié, en aggloméré, en contreplaqué.
Le bois, passé à l'ouvrage de l'industrie, formaté et recomposé, fournit
les éléments de son jeu de construction. Ces oeuvres qui semblent prétexte
à apprécier un savoir-faire manuel, d'ordinaire réservé à l'artisanat
et soumis à une représentation masculine, rappellent simultanément que
l'art n'est plus affaire de genre, qu'il déborde des catégories.
La rigueur formelle de ce travail est au service d'un développement poétique
proche des listes surréalistes. Ses agencements de modules abstraits sont
entrechoqués d'apparitions figuratives invitant à d'autres fils narratifs,
fantaisistes. Les planches et copeaux oscillent entre résidus d'atelier,
Méccano pour grandes personnes et univers onirique parcouru d'éléphants
et de bulles de couleur.
Ces douces collisions visuelles et sémantiques déroutent, elles visent
à une autre typologie, à une classification ouverte, voire disparate.
Les oeuvres d'Émilie Perotto incarnent l'alliance entre la complexité
de leurs logiques internes et leur présence immanente. L'évocation du
naturel reste en arrière-plan de ce travail qui, à l'instar d'autres modes
de productions humaines, artisanales et industrielles, façonne et élabore
les nouveaux termes d'un langage, lui, tout à fait personnel.
Kathy Alliou et Yann Chevallier