supervues - petite surface de l'art contemporain du vendredi 14 décembre au dimanche 16 décembre 2007 - hôtel Burrhus - Vaison-la-Romaine

Estelle Jourdain

Depuis 1993, je pratique en parallèle la sculpture et la photographie.
Parfois, elles se croisent…

L’acte photographique a d’abord été pour moi une « bouffée d’air frais », un moyen d’aller à la recherche de ce que pouvait m’apporter « l’extérieur » de l’atelier. Parfois, il rencontre la sculpture : elle en devient alors le sujet et n’est plus présentée en tant que volume, ou elle est créée pour la photographie uniquement (sans titre 1994 à 1996).

La photographie se situe entre balade vers ce qui est autre (rencontre avec des personnes, avec des espaces naturels, urbains…) et voyage vers l’intérieur (éléments créés pour l’image, interprétation d’expériences personnelles, de sensations…).
C’est un jeu où se juxtaposent les « objets», sans lien apparent : mise à plat des volumes, perte de rapport d’échelle et d ‘espace ; où se rencontrent des éléments différents, voire opposés, sous forme de séries, par superposition d’images…. Ce qui est donné à voir n’est plus « ce qui est », mais ce que « cela évoque », le sens étant déterminé par le contexte.

La photographie me permet d’aborder plus librement un espace intime, entre figure et figuré.

Ceci est régulièrement traité dans mes travaux :

  • en 1993, « Fenêtres » posait la question de cette frontière entre l’espace intime et public (enfin, celui que l’on veut bien laisser au regard),
  • en 1999/2002, « Histoire de voir » était l’appropriation, par mon regard, de l’histoire et donc de l’intimité de l’autre,
  • « 1-time » 2004/2005, sorte d’allégorie du bonheur éphémère, s’inspirait directement de mon vécu,
  • en 2004, une série de 6 images en impression jet d’encre présente une superposition de ciels nuageux et d’une goutte de verre. L’image, coupée en deux, définit ainsi « l’espace entre », ce qui sépare et lie en même temps.
  • « Duos » 2005 illustre le constat de deux espaces distincts, mis côte à côte,
  • en 2005, « With-out » ombres portées sur un mur, comme les marques de l’absence donnant lieu à une présence ; suivi d’une série sans titre, superpositions de radiographies personnelles avec des images de nature (eau, végétal, pierre…), intégrant le corps accidenté aux notions de fluide, souffle, rigidité…
  • et enfin, le triptyque sans titre 2006, évoque la séparation, la disparition.

Ma recherche se porte plus précisément sur l’espace que forme la limite, « l’entre deux », celle créée par la rencontre des contraires, des complémentaires.
Ce qu’ils sont. Ce qui les sépare, les relie.
Doux et dur, clair et sombre, vide et plein, ouverture et fermeture, absence et présence…Intérieur et extérieur, certainement.

Ma pratique de sculpture rejoint cette thématique. En effet, je visite le référent « contenant » (qui devient métaphore, et qui n’est que très peu lisible et visible en tant que tel, mais pour son essence même, à savoir, un espace délimité, vide et pourtant prêt à accueillir, attirant le regard vers ce qui se passe autour, dedans, au travers…), le poids, la mise en tension et la prise en compte totale de l’espace qui « reçoit » le volume. Le lieu de présentation est déterminant pour la création de celui-ci, s’accordant alors avec son histoire et son architecture ; ou bien il y est « invité » et va s’y adapter.
Ces actes amènent à « toucher » la différence, à se mettre (face) au monde, en tenant compte à la fois de soi-même et de ce qui nous entoure ; que ce soit l’autre ou l’environnement.
Où se trouve alors la limite ?

Sans doute la limite se module.

L’exploration permanente et globale autour du mouvement (par ma pratique professionnelle du Taï-chi-chuan et à travers des créations originales et personnelles en danse contemporaine) et mes préoccupations plastiques s’entrecroisent, se nourrissent l’une l’autre et se fondent.

En septembre 2006, une expérience collective d’artistes, intitulée « Etrange-déambulation poétique » dans Noves, petit village médiéval de la région, m’a permis à nouveau d’illustrer mon propos. Le but de la manifestation était de mettre en valeur l’histoire et la topographie du lieu à travers plusieurs formes d’expression : récits, chants, vidéos, danse, photographie. Une installation d’images dans les murs d’enceinte ainsi que des interventions chorégraphiées in-situ, le long du parcours, et en projection vidéo ont constitué ma contribution personnelle.

Je travaille aujourd’hui avec des vidéastes à partir des chorégraphies crées ces trois dernières années : une, offrant une vision frontale, le déplacement s’effectuant sur une ligne et l’autre, un point de vue statique, se jouant sur place. Une troisième devrait clore la série, les trois vidéos s’articulant ensemble sur un même fond sonore.
Mes recherches en volume et photographies restent cependant présentes.