supervues - petite surface de l'art contemporain du vendredi 14 décembre au dimanche 16 décembre 2007 - hôtel Burrhus - Vaison-la-Romaine

Frédéric Godard

(…) Seulement voilà, il l'avoue sans qu'on le pousse beaucoup ce metteur en abyme : "Je crois que je travaille sur des choses tellement simples qu'on ne peut se satisfaire de ce qu'elles représentent". Posé sur des ailes diaphanes qui ne sont autres que des fruits d'érable, l'héroïsme de Guynemer vrille déjà. La flotte de Toulon s'avance sur les eaux d'un humour très noir: elle est faite de bois brûlé. Tout cela est dérisoire et bouleversant. Commentaire du mutiné de l'Histoire : "C'est ma façon à moi d'être grave sans être pompeux, de dire ce que la condition humaine a de pas facile". On l'aura compris, la litote est son style et son œuvre, privée d'homogénéité plastique (encore qu'on puisse en discuter) n'a de cohérence qu'intellectuelle.

Un Atlas ouvert, des bribes de textes, des matériaux en attente... entre deux expositions son atelier ressemble plus à un garage à idées qu'à une chapelle conceptuelle. Sa pensée reste à couvert, longtemps. On ne voit rien bouger, les pinceaux sèchent, les esquisses sont en panne, y en a-t-il jamais eu? Trois polaroïds apparaissent, puis dix de plus. Mauvaise piste. Il s'en retourne au terreau de l'enfance, simplifie sa matière, sa manière. Il refuse de se situer ailleurs qu'à la frontière, ne se prend toujours pas au sérieux, a rarement confiance, en lui du moins. Il croit aussi qu'il y a moyen de pactiser et que son métier, outre raconter des histoires, c'est de panser les blessures. "Il me semble, dit-il, qu'on peut prendre en compte la complexité des choses". Longtemps, il lui a semblé tout seul. Maintenant, vous êtes là.

Sophie Bloch, journaliste