« Je veux, note Benjamin Hugard, que l’image photographique contienne sa double aliénation : sa disposition incontestable de description factuelle, son statut de preuve, et relativiser cette valeur d’usage en intégrant qu’un même document peut changer de fonction selon le champ d’usage et d’interprétation dans lequel il est placé ». Sensible à l’ « inadéquation de tout médium face au réel », Benjamin Hugard ne cesse d’explorer les « limites ontologiques » de la photographie en s’attachant d’une part à en exposer le statut d’artéfact tout en interrogeant d’autre part ses circuits de diffusion et de réception. S’intéressant à des sujets à faible teneur spectaculaire, l’artiste met en scène ou représente des non events qu’il retraduit par le biais d’une grammaire de l’image plus ou moins élaborée. En pervertissant les modes et codes opératoires de la publicité, du journalisme d’investigation ou du « reportage social », Benjamin Hugard produit souvent des images vides de sens, désolidarisées de tout impact promotionnel ou informationel. Cette économie déficitaire et déceptive se traduit, notamment, par des scénarios absurdes et empiriques qui, à l’image d’Index (2007), s’articulent autour de faits-divers risibles. Aussi déconcertante que tragi-comique, cette dernière oeuvre est emblématique de la démarche de l’artiste. Elle superpose à une intrigue résolument « contreperformante » - on peut y voir un clin d’oeil à la série de A person was asked to point (1969) de John Baldessari - une réflexion pertinente sur les pouvoirs pernicieux de l’image photographique et de ses usages sociaux.
Erik Verhagen