Paul Cézanne et le colonel
Le colonel de l’armée tchèque cachait un fin collectionneur : « La nuit à la tête de ma colonne de chars, je pense à mes tableaux. Avec ma vie militaire, je les protège de la confiscation ». Et, au retour des manœuvres du Pacte de Varsovie, il me montrait ses trésors. J’avais une douzaine d’années, c’était à Prague. Pour la première fois, je sentais un frisson parcourir ma colonne vertébrale en regardant la peinture. Ce frisson délicieux, je le rechercherai ! Je le dois à Paul Cézanne mais aussi à Emile Filla, Georges Braque, Juan Gris. Je suis revenu souvent vers cette collection clandestine pour revoir les Pommes, les Baigneuses et la montagne Sainte Victoire. J’y ai appris la parenté qui reliait Cézanne aux plus jeunes, Matisse, Picasso et autres pourvoyeurs de sensations. (En musique, leur répondent pour moi, Monteverdi, Stravinsky, Janacek et Dutilleux). La liberté qu’ils me proposent m’inspire gratitude et amitié. C’est pour cela que je vis en Provence, non loin d’une autre montagne fameuse, le mont Ventoux. Dans ce sud, la couleur a franchi la frontière du trait et transmis à la peinture cette audace face au sujet.
Ainsi Paul Cézanne à sa femme : « Je voudrais que tu poses comme une pomme ».
Juren