supervues - petite surface de l'art contemporain du vendredi 12 décembre au dimanche 14 décembre 2008 - hôtel Burrhus - Vaison-la-Romaine

Noemie Privat

Formes de vie à Wannsee : vibrations
Sur le travail de Noémie Privat (extrait)
Guillaume Fayard
Écrire sur le souvenir seul d'une image de Noémie Privat est possible, même à distance, parce qu'elle explore un espace mitoyen, triangulaire, entre 1). motifs observés in vivo, 2). fantasmatique (et mythologie) personnelle, 3). archétypes, formes primitives (primaires). Corps. Arbres. Maison, pour ce qui concerne l'image dont je me souviens si bien, qui souvent revient aux moments où je ne m'y attends pas. Cette gravure figure une large maison, allemande, et provient d'une série réalisée en résidence à Berlin. La maison si imposante oscille entre inquiétante étrangeté et réalisme objectif, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, ses proportions, sa masse, me renvoient à un endroit particulier de Berlin, les rives du lac Wannsee, au sud ouest de la ville. « Après nos baignades, j'étais repartie des bords du lac en compagnie d'une amie au travers de zones résidentielles, pour finalement tomber devant l'une de ces maisons dont on se dit immédiatement qu'on pourrait y vivre, y finir ses jours, quoiqu'elle ait été bien trop immense pour mes besoins. » Une de ces maisons dont le potentiel immédiat est fictionnel, figuratif, maison-cadre, maison-incipit de roman. (…) Le ciselage devient toison, canopée, motif étalé, éco-système : un espace habitable en définitive, vivant. Sur ce pur plan 2-D peuvent se modéliser formes archétypales issues de rêves ou bien d'autres images, puisque Noémie Privat fait usage d'images pour en produire d'autres, plus lacunaires souvent. Sur l'architecture résidentielle presque anodine que propose la gravure dont je me souviens « si » précisément, s'ouvre une possibilité de « peau » narrative, encrée, ancrante, accrocheuse au sens de rugueuse, happant le regard dans la trame accidentée de ses nervures. C'est de cette surface-accident, plaie et inscription et douce délinéation du regard sur des formes souvent primitives, génériques, dont je me souviens précisément. Et c'est cette surface, s'élargissant sous le regard jusqu'en ses infimes accentuations, qui ajoute à mon souvenir de la maison de Wannsee quelque chose qui l'ouvre à une fiction rêvée et insistante, qui raconterait quelque chose du mystère de la présence, d'un être, quelque part, dans le monde. C'est le calme vibratoire que produisent, en règle générale, les gravures de Noémie, plans fourmillants à la simplicité insaisissable, et dont la valeur souvent de fragment mime les aléas de la mémoire et de ses tentatives manquées de reconstitution, mais inventant des mondes par leur lacunarité même.

> Noémie Privat est sortie de l’école des beaux-arts de Nice en 2003, elle vie à Marseille depuis. Elle dessine et s’intéresse aux images imprimées, elle se sert aussi des particularités de la gravure en taille-douce.

http://noemieprivat.ultra-book.com