Qu'il filme la banlieue parisienne depuis une mobylette, Bamako depuis une chambre de Sofitel, ou le paysage depuis un train Corail, Stéphane Pichard superpose un registre des perceptions à une grammaire élémentaire du cinéma. L'homme à la caméra est aujourd'hui l'homme du commun qui souvent ne distingue plus ce qu'il voit de ce qu'il filme. L'artiste qui partage avec lui la même prothèse est celui qui sait s'attarder sur les façons de voir, et cela d'autant mieux que rien ne se passe. Une attention flottante ressemblera à un plan fixe au ralenti, la répétition régulière d'un même trajet changera routes, champs et rivières, un long ruban la recherche d'un paysage dans un milieu sans intérêt en une succession de séquences d'identification. La mémoire du cinéma, celui des plans et des photogrammes, croise ici le présent de l'enregistrement permanent et du stockage de données.
Patrick Javault
Stéphane Pichard est né en 1968 à Nanterre. Diplômé en 1993 de l'ENSBA de Paris, il continue ses études à l'University of British Columbia dans le programme Master of Fine Arts, à Vancouver au Canada, puis poursuit ses recherches à Paris VIII et à l'INA. Professeur d'arts plastiques, il développe un programme de résidence d'artistes " Synapse " à l'Ecole Supérieure d'Arts de Rueil-Malmaison.
Visuel N°1
"L'Insomnie"
2007, boucle, Mali/France
Deux hommes essaient de dormir sur une simple couverture. Seul l'un d'eux
est
paisible, dans la position allongée que voudrait atteindre l'autre. C'est un
plan fixe, la caméra (à l'épaule) est très proche. Un homme est pris
d'insomnie,
il s'étend et se relève aussitôt. La mise en scène est minimale et la
lumière
artificielle donne aux soubresauts de cet homme un aspect chorégraphié. La
diffusion est en boucle, on ne perçoit ni le début, ni la fin.
Visuel N°2
les rives, photographie couleurs 36x27cm
(c) Stéphane Pichard 2005
Visuel N°3
"Comme de jour"
2006, 2'22'', Mali/France
L'écran 4/3 partagé verticalement grouille de pixels noir et blanc. Il y a
quelque chose d'intense, que l'on distingue confusément dans le souffle, le
bruit. Progressivement les pixels vont se résorber, à l'avantage d'une
scénette,
d'un personnage certainement. C'est un zoom numérique devenant optique,
toujours
arrière. Comme une vaste inspiration, la ville de Bamako grandit de nuit,
les
poumons chargés de chaleur et de poussière.
Courtesy Galerie Martine & Thibault de la Châtre, Paris