L’Institut d’art contemporain, Villeurbanne / Rhône-Alpes a proposé
à Lucja Ramotowski-Brunet, artiste photographe, d’investir une des chambres
de l’Hôtel Burrhus.
Lucja Ramotowski-Brunet est née en 1974 à Varsovie. Elle vit et travaille
à Lyon. Elle est diplômée de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon.
www.ramotowski-brunet.fr
Extraits du texte « Une inquiétante légèreté » de Marie de Brugerolle, 2006
« Comme beaucoup de problèmes psychologiques, les recherches sur l’imagination
sont troublées par la fausse lumière de l’étymologie. On veut toujours
que l’imagination soit la faculté de former des images. Or elle est plutôt
la faculté de déformer les images fournies par la perception, elle est
surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les
images. S’il n’y a pas changement d’images, union inattendue des images,
il n’y a pas imagination, il n’y a pas d’action imaginante. » Ces paroles
de Gaston Bachelard dans L’Air et les songes (1) sont éclairantes pour
envisager le travail de Lucja Ramotowski-Brunet.
La question de la gravité est au centre de l’œuvre de L.Ramotowski-Brunet
dont la photographie est la forme la plus prégnante. Depuis 2000, elle
a développé un corpus qui peut être défini en trois catégories principales
: les paysages, les personnages, les habitats. (…)
L’ambivalence du statut des images de L.Ramotowski-Brunet vient du cadrage
et du travail particulier de la couleur au tirage. Elle densifie, atténue
ou intensifie certaines teintes afin de créer un trouble. L’utilisation
de la plongée et de la contre-plongée hors des normes de la photographie,
par exemple ne pas cadrer une personne par en dessous si elle est devant
une forme verticale, crée des situations ambiguës. « Je cherche avec ou
sans l’aide de divers objets, jusqu’où les corps peuvent aller ». (…)
Les images de Lucja Ramotowski-Brunet parlent de la pondération, c’est-à-dire
de la juste mesure qui permet la construction d’un point de vue, l’émergence
d’un sujet pensant. Ses photographies permettent de faire l’expérience
d’un regard critique, ni cynique ni journalistique, elle ne rapporte pas
des vues, ses vues se portent, elles tiennent. (…)
« Le temps joue dans mes images, comme une relation » dit encore l’artiste.
Les objets, les éléments naturels, la distance d’avec le sujet structurent
les photographies à la manière d’une composition baroque. (…) Le travail
de L.Ramotowski-Brunet réveille l’utopie des jeux d’espaces et active
des jeux d’identités par lesquels les regards ne sont plus captifs. Une
nouvelle économie des images, qui ne craint pas la magie, se déploie.
(1) Gaston Bachelard, L’air et les songes, essai sur l’imagination du mouvement, Librairie José Corti, Paris, 1948, p.7