“Je ne serai pas là.
- Tant mieux. Moi non plus d’ailleurs, puisque justement ailleurs“
Ainsi rédigée, la note 453 du Roman Invisible pourrait bien se lire comme
une bribe de dialogue. Elle ne nous dit rien des protagonistes, bien que
Rinaldi, auteur du roman, soit probablement l’un d’eux. Seule certitude
: leur absence, et le “tant mieux” sous-entend un tacite préalable qui
restera pour nous énigmatique.
Si l’on admet une possible chronologie dans la rédaction des notes, ou
du moins un semblant de logique dans les manipulations spatio-temporelles
de Rinaldi, nous pourrions peut-être situer l’“ailleurs”.
Pas mal déjà, de situer l’ailleurs.
Donc des notes 452 et 454 (dont je vous passe la lecture, longues, longues,
et plutôt ennuyeuses) on retient :
Rien sur l’identité de l’interlocuteur (trice ?) de l’auteur, qui restera
donc définitivement mystérieux (se).
Pas grand-chose sur le lieu de rédaction des notes (évidemment on aurait
pu se référer au texte du roman lui même, mais on le sait depuis longtemps
disparu (s’il a jamais existé).
La description d’une plume. (ah !)
Des extraits d’une discussion avec Estibal à propos de photos ratées (rengaine).
Une citation de Racine ( “Surtout si, de Junie évitant la présence,
Vous condamniez vos yeux à quelques jours d'absence.“ Britanicus, Acte
III)
Le texte intégral d’une technique de polissage de galet, traduite du russe
au pied du Vercors et plutôt compliquée.
Un problème de géométrie topographique impliquant les lignes reliant :
1/ Vienne et Valence, 2/ Wien et Valencia, dont la résolution semble importante.
Une liste, longue (vraiment longue, qui confirme les thèses du roman dans
les notes du roman) de lieux divers précédée de la mention “On est passé
par là ?”
Le chiffre 35, souligné.
L’évocation d’un rendez-vous volontairement raté, dans une mise en scène
un peu figée, dans un temps suspendu, transi.
Soit du pur rinaldien, finalement assez attendu.
Et limpide.
Non ?
Emmanuel Kraft, 2009.
LUI
A partir de son projet « A propos du monde », Bruno Rosier est un plasticien
qui décline des personnages, invente des histoires liées, reliées entre-elles,
infinies de rencontres, d’aventures, d’imaginaires....
Après « Le bureau du météorologiste » au Centre d’Art Contemporain en
2005 destiné à faire maîtriser la météo mondiale au départ de Lacoux,
Bruno Rosier récidive avec « Le Grand Graphe » en 2007 à Brégnier Cordon
(Ain) avant de « prendre d’assaut » la Drôme, la Corée du Sud ou encore
l’Italie avec toujours un propos singulier autour duquel il invente une
histoire, définit un espace, et l’abonde d’objets tantôt métaphoriques,
tantôt allusifs mais quoiqu’il en soit curieux.
Marquée par une poésie de l’espace et un éveil de l’imaginaire et faisant
appel à des techniques mixtes aussi diverses que la photographie, le dessin,
les installations et se déploie comme un microcosme aérien propre à la
rêverie.
Totalement reliés, de manière évidente ou volontairement sinueuse, à sa
mythologie personnelle…ses compositions sont réfléchies à partir d’éléments
simples, d’objets de récupération emprunts de l’identité du site d’intervention
comme autant de révélateurs d’un monde sous-jacent où un souffle créatif
sévit..
A Vaison la Romaine..douceur du jour..mystère nocturne..il nous convie
au voyage..poésie, amour..rendez vous probable et improbable simultanément..