« Le travail d’Éric Watier vérifie la conviction que la simplicité est
un des critères permettant non seulement de reconnaître la valeur de l’art,
mais aussi de pister la vérité de la science sur le plan esthétique ;
l’histoire a retenu quelques figures célèbres, comme Galilée par exemple,
fortement attachées à cette manifestation esthétique de la vérité. Une
telle conviction a été partagée par bon nombre d’artistes conceptuels :
les idées simples sont souvent les plus réussies. « Il n'est pas nécessaire
que les idées soient complexes, écrit Sol LeWitt. La plupart des bonnes
idées sont d'une simplicité enfantine. Si les bonnes idées se donnent
pour simples, c'est qu'elles semblent inévitables. »
C’est dans la simplicité du livre que réside sa beauté, mais aussi l’ingéniosité
de son invention. C’est par cet aspect, à la fois esthétique et intellectuel,
que le livre d’artiste, qui aspire à être un livre tout à fait ordinaire,
est proche de la tradition du livre. Le soin esthétique, le travail artisanal
manuel, des matières exquises pour le produire un livre, un raffinement
de sa forme (découpages particuliers, pliages inhabituels, couverture
sculptée, etc.), tout cela peut apporter au livre un plus : une complexité
structurelle ou l’élégance visuelle, le plaisir du voir et du toucher.
Mais ce plus peut facilement s’avérer être un moins et, dans le pire des
cas, nuire à la fonction même du livre, voire l’annuler, lorsque le livre
devient une forme à apprécier et non plus un objet d’usage, objet de première
nécessité intellectuelle, porteur des connaissances et indispensable à
la culture. C’est par la simplicité de son invention que le livre a marqué
l’histoire de l’humanité ; c’est par cette simplicité même que le livre
d’artiste marque les pratiques de l’art et déroute les spectateurs trop
attachés à ses fastes. »
Leszek Brogowski