(…) Voilà une oeuvre originale, fraîche, savoureuse, haute en couleurs
rompues ou audacieuses tels ces roses ou ces bleus pâles, en fond, sans
perspective apparente comme dans le fameux fifre de Manet.
David Wolle confectionne de petits objets de plâtre, non identifiables
comme tels mais qui rappellent vaguement des objets qui pourraient appartenir
à la réalité dès lors que, agrandis, il les représente sur le tableau.
Il ya dès lors comme un traitement hyperréaliste de ce motif improbable
et abstrait. Les formats sont modestes, incertains, groupés, adaptés au
sujet dont ils soulignent la forme massive ou au contraire allongée. De
près, les effets de lumière, saisissant de loin, révèlent les traces du
pinceau qui se dénoncent, ce qui est assez indiquer combien cette oeuvre
tend à nous parler de - et nous plonger dans la - peinture.
Nous en parler mais pour perturber celui qui cherche à nommer ce qu'il
regarde. S'agit-il d'avatars de statuaires ici - dégoulinant au demeurant
de peinture épaisse - d'illusion de bagages là, à moins qu'il ne s'agisse
simplement d'un volume compact, rythmé par des monochromes géométriques,
des figurines lettriques, par ailleurs ? Les titres, à la fois familiers
et sibyllins, marquent cette volonté de ne présenter du réel qu'un univers
que l'on ne saurait voir qu'en peinture. Au-delà de la couleur, le plâtre
qui sert à confectionner les petites sculptures peintes ensuite, subit
quantité de fantaisies qui font penser soit à des formes organiques, soit
à un anthropomorphisme débridé, soit à l'enluminure libre. Il y a quelque
chose à voir mais ce que l'on voit défie le langage qui cherche à l'abstraire
et se l'approprier, de même que l'oeil cherche à se rassasier.
La production de David Wolle rappelle que la peinture n'est pas qu'un
objet de reconnaissance du réel mais bien de connaissance de ce qui nous
unit à lui et qui peut esquisser un pas de côté par rapport à la pensée
verbale. Elle est frustrante en ce sens qu'on en redemande. Il importait
que ce fût dit.
BTN in l'Art Vues, mai 2006